
Un illustre blogueur a souhaité participer au burger day tout en conservant son anonymat. Il m’a exposé les raisons de cette pudique clandestinité dans un email déchirant que je vous retranscris ci-dessous. Parce que dans la vie, il faut savoir mettre de côté les confits et les zizis, et s’engager pour des valeurs auxquelles on croit, « Le confit c’est pas gras » sera aujourd’hui placé sous le signe de la gravité et de l’émotion (mais aussi de Shakespeare, d’une certaine Alice et de ses quelques merguez).
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« Chère Anaïk,
Fidèle lecteur et admirateur du « Confit c’est pas gras », je te félicite pour cette brillante initiative invitant à savater Ronald. Cet exercice a toutefois provoqué en moi un retour accidentel vers un passé que je croyais enfoui en ces temps où je mangeais surtout de la viande et en rédigeais des recettes.
Je croyais le fauve fatigué mais voici que patatras, j’ai succombé à la tentation, pas plus tard que ce dimanche, tandis que j’étais au marché à l’heure de la messe. Un instant de faiblesse que je confesse tout en le savourant. Une seule fois dans ma longue vie, j’ai cuisiné des burgers et ils étaient au confit de canard. Tu comprends que la rechute devint dès lors inévitable pour ton Burger Day. Le destin est inexorable.
J’ai également un blog de cuisine, mais je ne peux décemment pas y publier une recette à la viande, mon public et la presse (i.e. ma fille et son journal intime) ne le comprendraient pas. Ainsi, tu me rendrais un joli service en hébergeant ma participation, tout en pardonnant le caractère anonyme de ma démarche.
Je ne suis pas végétarien, mais j’ai décidé voici quelques années, en revoyant avec ma gamine les séquences animées de mon enfance, que je n’inciterai plus jamais à la consommation d’animaux qui parlent. Panpan et Bambi, Nounours, Daffy Duck, Mowgli, Paquerette, Jolly Jumper et les autres, impossible de me résoudre à poursuivre leur apologie culinaire…
Je ne peux contempler une tranche de jambon sans y reconnaître les Trois Petits Cochons ; chaque fois que je rencontre un œuf, je lui lance un « Bonjour p’tit Caliméro! »; un barbecue coréen me fait sinistrement penser aux 101 Dalmatiens, et la moindre platée de couscous me transporte avec Alice, au Pays des Merguez. Je vacille facilement face à une Vache Qui Rit, ceci inscrit pour ne rien te dissimuler de ma solitude de janséniste en ce monde qui n’est que péché de chair, frivolité et vile envie. (Oui d’accord, dans envie , il y a en vie)
Lors de ma dernière confrontation avec une tête de veau, je fus plus déstabilisé qu’un prince danois, paître ou ne pas paître devint ma question. Que dire enfin du tragique destin des souris d’agneau, peu de choses, sinon laisser parler deux yeux qui se taisent et s’embuent, l’un pour les crèches de Noël et l’autre pour Mickey…
Ces quelques exemples te montrent pourquoi je ne cuisine à visage découvert sur mon blog, que des créatures du monde du silence, de ces animaux qui ne parlent pas. Certes, il y a eu Némo et La Petite Sirène, mais j’ai gardé les doigts enfoncés dans les oreilles pour ne rien entendre durant la projection, j’aime trop les fruits de mer pour me laisser aller à une sensibilité aussi profondément déplacée. Profond d’accord, mais abyssal jamais.
Je sais pouvoir compter sur ta généreuse compréhension et je t’en remercie, voici donc cette recette que je n’ai pas refaite depuis avant la naissance de ma fille, laquelle va sur ses douze ans. » Lire la suite et voir la recette »