30 avril 2009

Canistrelli à l’anis et à la farine de châtaignes

Beaucoup de gens pensent qu’être hypocondriaque, c’est souffrir d’un rhume le lundi, d’une lombalgie le mardi, d’une grippe le mercredi, d’une gastro-entérite le jeudi, d’une allergie à l’arachide le vendredi et d’une bronchite le samedi (le dimanche, c’est convalescence nerveuse).

Eh bien pas du tout. Le véritable hypocondriaque est persuadé, par épisodes plus ou moins réguliers, d’être à l’agonie à cause d’une maladie grave. Tenez, moi, par exemple, il y a deux mois, j’ai dû appeler SOS médecins à minuit parce que j’étais en train de faire une crise cardiaque (ne vous moquez pas : après ma tumeur au cerveau suite à de violentes céphalées, c’était normal que mon cœur soit un peu secoué). J’ai survécu mais en ce moment, il semblerait que j’aie un cancer des reins, des ovaires et de la vessie, voire même de la prostate. Dur. Quant aux petites boules qui se sont logées dans mon sein droit, ma gynéco dit que ce sont mes côtes mais s’il y avait des côtes sous les seins, franchement, ça se saurait. Sans compter que cela fait des mois que j’entends partout que le déodorant provoque des maladies graves sur les dites mamelles (tout comme le shampoing industriel, qui donnerait le cancer des cheveux). C’est simple : parfois, j’ai tellement peur de mourir que ça me donne envie de me suicider.

Pour couronner le tout, le régime brocolis – jus de bouleau – eau minérale m’est tout bonnement impossible à adopter : je sais que je devrais boire moins de vin pour m’assurer une meilleure santé mais plus je suis angoissée, plus j’ai envie de dissoudre ma détresse dans l’ivresse. On me conseille de passer à l’eau de Lourdes, qui a fait ses preuves niveau ébriété hallucinogène et guérison (d’un Pierre, deux coups), mais le problème c’est que c’est moins bon, surtout avec le roquefort.

La vie d’un hypocondriaque n’est pas de tout repos (surtout pour son entourage) mais rassurez-vous, je suis loin de creuser le trou de la Sécu. Si, chaque soir, je pleure à chaudes larmes en allant me coucher, j’évite d’aller annoncer la mauvaise nouvelle à mon médecin car je ne voudrais pas l’inquiéter quand la situation est désespérée. Et puis heureusement, les hommes ont inventé des moindres maux permettant de penser à autre chose qu’à la mort qui guette : l’école, le travail et les belles-mères. Et, côté pile, la cuisine et les canistrelli. Lire la suite et voir la recette »

14 avril 2009

Riz au lait de Latifa Bennani-Smires

La cuisine marocaine de Latifa Bennani-Smires*, publié pour la première fois en 1970, a bercé toute mon enfance culinaire. L’exemplaire familial, jauni, écorné et maintes fois annoté, date de plusieurs années avant ma naissance. Base indispensable qui complétait le savoir empirique de mes ailleules paternelles, il a permis à ma mère, Bigourdane pur-jus venue rejoindre et aimer la Méditerranée, d’apprendre à maîtriser avec brio les secrets délicats de la cuisine marocaine.

Or, le riz au lait reste l’une des rémanences gourmandes les plus vivantes de mon « vert paradis des amours enfantines ». Je ne peux pas en goûter une bouchée sans laisser ma mémoire vagabonder dans l’immeuble où une bonne partie de la famille avait élu domicile, partageant un quotidien simple, joyeux et ponctué par les demandes d’oignons ou de cumin qui fusaient régulièrement d’un étage à l’autre. Gourmand impénitent qui se serait nourri exclusivement de sucre (et de fèves) si son épouse l’avait laissé faire, le papi raffolait de ce dessert simple et quasi universel. C’est l’une des premières recettes que j’ai préparées seule, sans jamais réussir à ne pas napper la table de cuisson de lait bouilli malencontreusement oublié sur le feu.

Je prends comme base la recette de Latifa Bennani-Smires que j’ai adaptée au fil du temps, en réduisant les quantités gargantuesques et en ajoutant de la vanille et des zestes de citron.

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28 mars 2009

Un peu de sexo-catéchisme pour le week-end ?

Je suis consciente qu’avec deux messages en deux jours, je risque de me fouler une main, mais j’ai le clavier qui démange et ça ne concerne même pas la cuisine.

Au mois de janvier dernier, je commençais 2009 en ronchonnant contre les préceptes environnementaux des nouveaux culinapôtres et je ponctuais ma mauvaise humeur par cette citation : « L’écologie a remplacé la religion qui nous avait culpabilisés avec le péché originel. » (Bien manger : vrais et faux dangers de Jean-Marie Bourre – Odile Jacob, 2008).

Pourtant, j’étais loin de me douter que je tomberais cette semaine, dans le site du magazine Elle, sur un article au titre éloquent : « Et si l’on se mettait au sexe écolo ?« . Il s’agit de l’interview d’un certain Marc Dannam, auteur d’un ouvrage intitulé Osez… le sexe écolo (à méditer pour ceux qui croyaient que l’industrie de l’environnement et du bio était tenue par des Bisounours dépourvus d’appât du gain et de racolage à deux balles). Mesdames et Mesdames, voici donc, pour vous, un résumé de ses conseils pour être sexorthodoxe :

  • Ne prenez pas de douche coquine à deux et ne batifolez surtout pas dans votre jacuzzi (tout le monde possède un jacuzzi, c’est bien connu) (qui a dit que l’hystérie verte était vraiment un truc de riches ?), mais « faites l’amour la journée ou dans le noir ». À la limite, « éclairez-vous avec des bougies en stéarine naturelle » (pfiiouu, j’ai des vapeurs devant tant d’érotisme et de spontanéité). Lire la suite et voir la recette »
10 février 2009

Tartinade de thon aux algues


(Assiette Luminarc)

J’en conviens : les algues, c’est totalement 2008, comme concept. À ma décharge, je suis provinciale : le temps que le génie parisien atteigne les classes moyennes et béotiennes du reste du monde hexagonal, on a le temps de passer de l’algue au yuzu, du bo-bio au locavorisme, de la grenade à la baie de goji, du sirop d’agave à la pâte de sésame noir, du finger food au plat unique de mémé, de l’ail des ours à l’ail noir d’Aomori et de « juste » à « je reviens vers vous ».

Bref, le yuzu, la pâte de sésame noir et la baie de goji, pour moi, ce sera en 2010, date à laquelle je reviendrai bien sûr vers vous pour évoquer le sujet avec une année de retard. Je précise tout de même, dès à présent, que je ne serai point locavore. En effet, je le répète : faut pas pousser mémé dans le purin d’orties.

Cette délicieuse bien que 2008′ style tartinade aux algues, donc, est inspirée d’une recette du formidable Cuisiner les ingrédients japonais de mon amie Clea (2008). Ce livre, en plus d’être magnifique avec ses illustrations façon manga, a totalement changé ma façon de préparer la cuisine japonaise : j’y ai découvert des produits traditionnels que j’ignorais ou que je connaissais mal (miso, umebosis, assaisonnement au riz complet – un vrai coup de coeur – , azuki…), d’autant plus faciles à travailler que les recettes sont classées par familles d’ingrédients.

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2 janvier 2009

Confit rétrospectif : le best of 2008

Mes amis, il est grand temps de se pencher sur les douze mois gourmands qui viennent de s’écouler. Je crois qu’au niveau culinaire, je me souviendrai de 2008 comme une année schizophrène, marquée par la montée en puissance des évangiles des Saints Apôtres de la Bonne Morale Alimentaire : après nous avoir interdit de manger du bœuf parce que celui-ci était devenu fou, puis nous avoir encouragés à diminuer notre consommation de viande en raison de son coût environnemental, ils nous engueulent parce que nous avons ravagé les espèces animales des mers et des océans (mais continuent à vanter, en bons théologiens, les bienfaits des célestes oméga-3 présents dans les poissons gras, y compris dans le thon rouge, peuchère) ; après nous avoir prévenus que les féculents faisaient grossir, puis avoir annoncé que pâtes et pains complets étaient finalement excellents pour la santé, ils nous alertent sur les dangers du gluten qui donnerait le cancer, voire le SIDA et la peste bubonique (c’est que manger tue, dans les pays repus) ; après nous avoir sommés de consommer des produits laitiers pour renforcer nos os et ceux de nos mouflets, ils nous mettent en garde contre le lait de vache, pire poison qu’aurait connu l’homme depuis la ciguë (la bonne nouvelle, c’est que si vous avez envie de vous suicider, vous pouvez éviter la mort violente et vous contenter d’un yaourt – c’est là que l’on comprend le sens profond de l’expression de Les Nuls « se petit-suissider« ).

J’arrête ici car je crois que 2009 apportera encore beaucoup d’eau au moulin de ma rouspétance. La grande maladie du siècle, dans nos nations de privilégiés, devient bel et bien l’angoisse du supermarché. Bientôt, pour faire ses courses, il faudra un doctorat en physico-chimie, ainsi qu’un chapelet à égrener lors de chaque achat pour s’acquitter du sacrilège.

Je débute ainsi cette nouvelle année en songeant très fort à une citation lue dans le très intéressant Bien manger : vrais et faux dangers de Jean-Marie Bourre (Odile Jacob, 2008) : « L’écologie a remplacé la religion qui nous avait culpabilisés avec le péché originel. » Moi, en 2009, je continuerai à appliquer la seule règle qu’a toujours dictée ma gourmandise : la diversité étoffée par une bonne dose de bon sens.

À la manière de Clea, place à la remise des prix 2008 !

Grand prix du jury

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22 décembre 2008

Le goût des Marseillais

J’ai toujours trouvé qu’il était difficile de parler de Marseille et de ses habitants. Très souvent, en effet, les observateurs tombent dans la caricature gentiment condescendante (ah, les sorties sur l’accent…), ou alors dans un angélisme de pacotille tout aussi réducteur (cosmopolitisme exemplaire, Gyptis et Protis, « melting-potes »…). Agacés par les clichés autant qu’ils s’y complaisent, les Marseillais versent eux-mêmes, parfois, dans le folklore ordinaire ou le chauvinisme simplet. Heureusement, certains d’entre eux parviennent à évoquer leur ville avec justesse sans pour autant oublier la galéjade, une façon de blaguer hâbleuse, facétieuse et typiquement locale.

C’est le cas de Frédéric Sailer, qui, dans le très beau Goût des Marseillais, évoque avec jubilation le patrimoine gourmand de la cité phocéenne. À travers une cinquantaine de produits ou recettes magnifiquement illustrés, il oscille entre observation anthropologique amusée (bière La Cagole, oursins dont on déguste les organes sexuels – si, si, filet garni du loto…), souvenirs d’enfance (Gambetta-limonade, Zan Haribo, oreillettes…) et traditions ensoleillées (pieds et paquets bien entendu, chichi et panisses de l’Estaque, alouettes sans tête, herbes de Provence du Père Blaize, ou encore tomates à la provençale qui prouvent, quand elles sont réussies, que « le bon n’est pas forcément l’ennemi du vilain »).

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